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Emmanuelle Antille

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Quelques notes sur mes films

Par Emmanuelle Antille

Tornadoes of My Heart (2004-2005) est le titre générique d’un corps de travaux réunissant trois installations vidéo, une série d’une trentaine de photographies et un long-métrage de fiction.
Ce projet développe le thème de l’adolescence sous divers aspects : les rituels, les amitiés, la famille, le rapport à la communauté, le journal intime.
Tout a débuté avec l’écriture et la réalisation du long-métrage intitulé Rollow. Une fois l’écriture du scénario achevée, j’ai organisé plusieurs castings d’adolescents. Pour ce projet, j’avais très envie de travailler avec des jeunes qui ne soient pas des acteurs professionnels, des énergies pures et spontanées.
Dès que l’équipe technique fut constituée et les adolescents sélectionnés, nous avons répété tous les jours durant deux mois juste avant le début du tournage. Pendant cette période, j’ai rencontré chacune des familles des adolescents. Passer du temps dans leur environnement et avec leurs proches était une façon de mieux les connaître. Cette phase de préparation, qui s’apparente à celle d’un film documentaire, a beaucoup apporté au projet. Au final, c’est cette confiance et cette grande complicité qui se retrouvent dans les images et font leur force.
Après cette période de répétitions, nous avons tourné durant les deux mois d’été. Au final, nous avons obtenu plus de cinquante heures de rushes, avec des séquences destinées au film, d’autres aux installations. Ce projet est basé sur l’idée de filmer des scènes de fiction comme s’il s’agissait d’un documentaire. La caméra était donc toujours allumée et nous filmions quasiment en permanence. Nous étions tous habités par l’urgence de capturer le moindre geste, le regard le plus furtif, toutes ces petites choses fragiles qui ne se passent qu’une fois et qu’on ne peut répéter. Une manière de repousser les limites entre fiction et réalité
Concernant la série de photographies : celle-ci a débuté juste après le tournage. À la fin de l’été, j’ai organisé des shootings photo avec chaque adolescent, sans l’équipe technique autour de nous. Dans une atmosphère plus intime, nous sommes retournés ensemble sur les lieux du tournage. Je désirais réaliser des portraits très intenses de chacun d’eux, sans qu’ils s’encombrent de leur rôle. Je leur ai demandé de fixer l’objectif de la caméra, très simplement, comme s’ils regardaient quelqu’un au fond des yeux. Nous avons réalisé plus de mille photographies. À la fin, j’en ai sélectionné trente.

Angels Camp (2002-2003) est le titre d’un groupe de travaux qui s’articule autour d’une fiction. Ce projet est composé d’un long-métrage, de plusieurs installations sonores et vidéo, de photographies, d’objets, de musiques et d’un roman. Tous ces éléments fonctionnent entre eux comme une famille, à la fois autonomes et intimement liés. Ils se complètent et contribuent chacun à leur manière à développer cette fiction, à donner vie aux histoires et à l’univers d’Angels Camp.
Ce long-métrage retrace l’histoire d’une région et de ses habitants. C’est une saga en quatre épisodes, filmée tout au long d’une année, au fil des saisons et dont les personnages sont : la Femme à la Torche, sa mère et sa sœur imaginaire, Celya et Arantxa, les deux Adolescentes des Cabanes, l’Homme de la Forêt, la Jeune Fille de la Rivière, Marie, Dani, le Chien Blanc et les Fillettes au Poulain. Cette fiction nous plonge dans leur vie, leurs rêves et leur destinée. Ensemble, ils sont les gardiens d’une mémoire, celle de ce territoire imaginaire qu’est Angels Camp. Les décors qui abritent les personnages ont une place déterminante au coeur de l’histoire: les forêts de pins, les grottes et les champignonnières, la crique sauvage, le village de cabanes abandonnées sont autant de no man’s land qui évoquent la jouissance des espaces libres, le monde de l’enfance, entre rêve et réalité, ses rituels, la désinhibition des gestes, la liberté de briser les codes et d’établir ses propres règles. Ainsi ils sont les miroirs réfléchissant l’intimité, l’âme des personnages.