Arnold Pasquier / Trois films

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    Mercredi 29 mai 2013 à 20h
    La fémis, Paris

    Arnold Pasquier - La vie continuera sans moi

    La vie continuera sans moi

    2010, vidéo, 16 min

    Dans un appartement, trois hommes et une femme cherchent quelque chose, qui manque.

    L’Italie

    2012, vidéo, 22 min

    Paolo veut aller en Italie pour oublier son chagrin d’amour._ Arthur lui propose un étonnant raccourci: tous les chemins mènent-ils à Rome ?

    Si c’est une île, c’est la Sicile

    2013, vidéo, 44 min

    Dans le monde entier, les artistes disparaissent mystérieusement. Des fugitifs se rassemblent, il inventent des façons de survivre ensemble et s’abandonnent à leurs désirs.

    Voir la bande annonce du film

     

    À propos de la séance

    Ce programme de films rassemble trois fictions conçues entre 2007 et 2013 : La Vie continuera sans moi, L’Italie et Si c’est une île, c’est la Sicile. Avec ces trois films, je crois pouvoir montrer ce qui m’attache au cinéma. Ces films se regardent. Je les ai écrit ensemble, passant d’un projet à l’autre dans l’attente de leur réalisation et l’un devenait le reflet des deux autres, leur compagnon secret. Ainsi, La vie continuera sans moi répond au désir de filmer vite, pour outrepasser le temps long de l’écriture de L’Italie tandis que Si c’est une île, c’est la Sicile met en scène une forme d’improvisation au-delà du scénario. Les films se font et se défont, tels des désirs empruntant tantôt la voie d’un trait direct, tantôt celle d’un détour inquiet.

    La vie continuera sans moi est l’ultime réplique prononcée par Marlene Dietrich dans son dernier film, Gigolo (David Hemmings, 1979). C’était le point de départ pour la production de trois films courts réalisés conjointement avec Stéphanie Ditche et Christophe Pellet (avec Dans la nuit et Plus dure sera la chute, présentés lors de la soirée pointligneplan du 29 septembre 2010). Des fictions dont toutes les répliques sont constituées de dernières phrases d’acteurs. C’était aussi l’occasion de réaliser dans mon appartement de Charenton-le-Pont un film de visages, sans scénario, motivé par le désir de rassembler dans un lieu des personnes aimées. La récente disparition de Pina Bausch et la participation de Thusnelda Mercy, une de ses interprètes, ont finalement donné au film son propos dans une ronde interrogative où chacun appelle et regarde dans une direction sans vis-à-vis. La danse vient, finalement, ouvrir une fenêtre vers une promesse de lendemain, une fête ?

    Les extraits d’une conversation avec Hugo Godart à qui je propose de participer au film.

    17/02/10.
    Hugo, (retrouvé sur Facebook). En feuilletant les pages mobiles de mes amis (virtuels), je pensais à toi, que je n’ai pas vu souvent, mais que je trouve photogénique, ce qui est une qualité, qui, fort heureusement, dépasse le cadre d’une page de profil. Je prépare avec deux amis (Stéphanie Ditche, Christophe Pellet) un film à sketches pour occuper nos âmes emportées et nos cœurs vaillants. Chacun prépare une fiction (de quelques minutes) selon le principe suivant : utiliser trois répliques de films. Moi, j’ai « eu » Greta Garbo, Brigitte Bardo, Anna Magnani. Leurs dernières répliques dans leurs derniers films, donc. Je propose une séquence dans un atelier entre trois garçons : ronde amoureuse : Cinq ans après (le titre). Je reprends (pour moi) la suite de mon film du Brésil (Celui qui aime a raison). Cinq ans après, avec trois autres gars. Silence, pas de son. Juste, en lips-inc, les trois répliques qui surgissent du silence. Je cherche mes garçons. En ai trouvé deux (pas encore informés) et pense à toi. Voilà. What do you think ? Je cadre. Une après-midi de mars. À Paris. À suivre, avec toi, tu me diras. Au plaisir. A

    23 février 2010
    Bonjour Hugo, Merci pour ta réponse. Pour ce qui est de « correspondre », c’est épineux, car je ne sais pas très bien ce que je cherche. C’est plutôt une intuition, de la composition. Et le souvenir d’une impression lorsque je t’ai rencontré, que je pourrais formuler par le mot : « film » ! Cela me ferait plaisir que tu participes à ce projet. Il faut l’entendre comme une invitation très simple, un « dispositif » libre pour faire quelque chose, essayer un désir de film, fabriquer légèrement et se donner des occasions (à Stéphanie, à Christophe et à moi) d’avancer en cinéma, ensemble. Depuis que je t’ai écrit, le projet a évolué. Alors qu’il s’agissait d’une circulation à trois dans le même appartement, j’envisage de filmer les trois personnes séparément, à la même heure, dans des actions simples : lire, se déplacer, regarder par la fenêtre, faire un café, plier le linge… Un ensemble de gestes quotidiens dans un appartement. Des jeux de regards et de montage laissent supposer au spectateur que ces trois garçons sont dans le même espace, en même temps. Mais petit à petit, le doute s’installe. Il y aura des champs contre-champs, des échanges, des glissements, des vides. Le silence et les phrases extraites des films viendront intensifier une sensation de rencontre fantomatique. Ce sera un tournage de trois heures, en milieu d’après-midi, 15/18, par exemple, pour obtenir le même type d’éclairage. Voilà. Tout. Je t’appelle à ton retour, en mars. Merci, A.

    L’Italie est l’antithèse de ce court métrage en chambre. Un film ouvert, en mouvement, uniquement tourné en extérieur dans les rues du XIII° arrondissement de Paris. Un film très écrit (quatre ans de versions différentes du scénario), accompagné par Nicolas Anthomé et sa société de production bathysphere, tourné en 35 millimètres avec une équipe de 15 personnes. Un film qui tente de saisir un vocabulaire : la marche et le déplacement comme principe de fiction, un parcours ponctué d’accidents narratifs ; le sentiment comme intrigue activé par la parole ; enfin la danse et le chant comme résolution et miracle. J’envisage L’Italie comme un manifeste, j’y rassemble les principes de ce qui m’attache au cinéma : le pays que l’on désire n’est jamais celui où l’on se trouve, l’amour est un lieu à partir duquel dériver et la ville est son théâtre.

    Le message que j’envoie à Arthur Eskanazi, ancien élève, croisé dans un couloir de France Culture.
    29/05/08
    Arthur, cher élève. La véritable raison pour laquelle je t’ai demandé ton mail, mis à part l’avalanche de lettres d’information sur ma-vie-mon-œuvre, c’est qu’entre temps (le temps de notre discussion à la Radio) j’ai pensé à toi pour un rôle dans un court-métrage que je suis en train d’écrire, qui se passe dans le XIII° arrondissement de Paris. Une affaire de parcours avec rencontres. Je ne t’en dis pas plus, ce n’est pas encore très écris, mais j’avance. Si l’idée de jouer la comédie (légère) urbaine te dit, nous en reparlerons. Dans le genre, « cour des miracles », le personnage auquel je pense pour toi s’appelle « Arthur » (je te jure). Mais il ne faut pas croire aux signes, jamais, on finit toujours par s’en prendre un dans la figure qui se prend pour une hirondelle (qui ne fait pas le printemps). A bientôt, entre deux ondes. A.

    Le projet de film Si c’est une île, c’est la Sicile à obtenu la bourse de résidence du Festival Côté court/Département de la Seine Saint-Denis à Pantin en juin 2011 après quatre années d’écritures et de recherches intermittentes (écrit parallèlement à L’Italie). J’ai souhaité tout d’abord raconter l’histoire d’une famille de danseurs en fuite qui débarquent sur l’île de Marettimo en Sicile. Une menace mystérieuse les obligeant à y trouver refuge. Dans cette île, ils réfléchissent à ce qui les attachent à l’Art. De projets en versions, le film a cherché un territoire de production qui voudrait bien l’accueillir. J’ai sollicité différents partenaires et institutions, adaptant le récit afin de l’accorder aux contraintes. À Pantin, je trouvais finalement un territoire qui promettait un foisonnement d’actions se déroulant dans autant de décors qu’il y avait de lieux d’accueil. Les premiers jours de la résidence ont consisté en de longues marches dans la ville, plans à la main, pour découvrir les lieux et établir la cartographie du film. Je m’approchais des limites, frontières géographiques de la commune, difficilement discernables dans les tissus urbains homogènes de la banlieue de Paris. Je découvrais des sites remarquables : la cité des Courtillières et son « serpentin » en rénovation, le canal de l’Ourcq, la colline vers Romainville. Avec Clément Postec, jeune réalisateur rencontré à pointligneplan qui acceptait de me seconder sur le film, nous avons pris rendez-vous avec les structures artistiques et culturelles de la ville. Nous exposions à chacun le projet de film et insistions sur son principe participatif. Le film se réaliserait uniquement avec ceux qui accepteraient de nous rejoindre. Nous avons présenté le film dans les classes de musique, de théâtre, de danse et d’art de la ville pour recruter des acteurs. Nous recevions des candidatures et recensions une trentaine d’accords pour participer aux ateliers de tournage. Parallèlement, j’ai associé l’école d’architecture de Paris/Malaquais au film pour la partie Courtillières. Il y a eu huit tournages répartis entre février et juin 2012. D’une durée d’un à cinq jours, ils proposaient aux participants une formule qui comprenait des répétitions le matin à partir de thèmes d’improvisations, filmées l’après-midi. Les thèmes étaient issus d’un ensemble de « titres », phrases qui ouvraient des champs de recherches autours des différents moments dramatiques du récit : arriver après la fuite ; se rassembler ; inventer une nouvelle vie ; fuir à nouveau. Le film s’est écrit à partir des réponses des interprètes, des propositions collectives et individuelles. Commencé à Wuppertal en Allemagne en janvier 2011, le tournage s’est achevé par un court séjour en Sicile en avril 2012.

    Lettre envoyée le 4 octobre 2010 à un premier cercle d’acteurs, le lendemain de la fête de fin de film de La vie continuera sans moi.
    En attrapant ce mot lancé en l’air à la fin du dîner « Retrouvons-nous à Palerme pour faire un film », je déplie et vous propose un projet en écriture depuis quelque temps que je pourrais adapter à un court séjour en Sicile. C’est une provocation, une invitation un peu cinglée… Des choses sont déjà là, une caméra, des relations amicales au Centre Culturel Français, un autochtone (Livio) pour nous ouvrir des portes, un paysage que je connais bien et un scénario qui, à l’origine, se déroule sur l’île de Marettimo (au large de Trapani) et dans la ville de Gibellina (sidérante) mais qui peut s’enrichir de cette extraordinaire scénographie de Palerme. Et puis il y a vous, acteurs potentiels, combinaisons multiples de récits et de propositions. Ce que nous n’avons pas, c’est de l’argent, ce qui est un problème, peut-être un obstacle, mais pas un handicap. Dans ce projet, il pourrait y avoir des rôles pour tout le monde et aussi des postes techniques à pourvoir, dans une grande simplicité de moyens et de mise en place, ce qui ne veut pas dire mise en scène. Un pauvre projet ambitieux. Le scénario est écrit pour une famille (dont Thusnelda fait partie, puisqu’il s’agit de sa mère et de son père) mais je peux le transformer et l’imaginer pour un groupe d’amis français réfugiés en Sicile. Qui ne tente rien, n’est-ce pas… À suivre (?) Arnold

    Arnold Pasquier
    Paris, 13 mai 2013.

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