Christelle Lheureux


> Un film pour penser à d’autres
2000, 26 min, vidéo

« Rien n’existe pour moi. Je passe à travers des paysages et des foules. La température extérieure et les lumières ne changent rien à mon comportement. Je suis transparent. Je flotte en incrustation. Je deviens une silhouette en dehors du temps. Un étranger. Cet étranger est un point de repère dans le paysage. Je lui donne sa mesure. Pourtant tout change autour, le monde s’organise, des bruits habitent le monde et des musiques habitent ma tête. Un film pour penser à d’autres est une cible. La caméra vise. Lorsque vous verrez le film, vous ne regarderez plus au centre mais les cercles successifs qui entourent le centre. Vous verrez des gens qui vous regardent. Le centre ne vous regarde jamais. Des gens qui marchent. Des étendues désertes. Des plages de silence et des sons au-delà de l’image. Des sons qui vous renverront au centre. Je vous promène d’un paysage à l’autre. Vous prendrez ce qui vous convient et reconstituerez le film en sortant. Vous prendrez une cible dans la rue et regarderez le monde s’organiser autour. Je n’existe pas et pourtant vous me suivez. Vous me suivez pour voir autour de vous.»


> Kuala
2001, 26 min, vidéo

À Kuala Lumpur, tout va très vite comme dans un film d’aventures. On est dans une expansion anarchique et accélérée du paysage urbain. Cette ville est un long film d’action, un spectacle d’urbanité, du grand spectacle, où tout se construit dans tous les sens.
Kuala est un film d’architecture, c’est aussi une architecture en soi, un lieu qu’on habite et où on aménage ses propres histoires. Une suite d’images à habiter. Un film à habiter. Les personnages sont comme ces petites figurines dans les maquettes d’architecture, des silhouettes sans histoire... Et ils sont très souvent devant des fenêtres, des écrans...


> Bingo Show
2002, 8 min, vidéo

Sur F.T.V., l’équivalent de France 2 à Sarajevo. Le plateau de télévision de la loterie nationale. Les animateurs sont prêts, ils attendent le direct.
Le décor en lumière noire s’anime. Les boules de loterie tournent dans le vide. Du vent, des fumigènes et des claquements halogènes. La station et ses habitants attendent leur transmission. Le faisceau des poursuites cherche des trajectoires. Les présentateurs sans voix, sans sourires sont hors programme. Ils flottent dans un temps qui n’a plus de grille.



> Théo
(réalisé avec Julien Loustau)
2002, 35 min, vidéo

La nature selon Théo, enfant en déplacement au cœur d’une cosmogonie des éléments. Autour de lui des présences se révèlent et se perdent, à la recherche d’une issue dans le paysage.


> L’expérience préhistorique
2003-2004, 80 min, vidéo

1936, début du cinéma parlant, l’enfance d’une relation entre le son, les voix et les images. Mizoguchi tourne à Kyoto Les Sœurs de Gion, une histoire de geisha impliquant 12 personnages. De ce film, je ne conserve que la bande son qui inspire le script d’un nouveau film muet de la même longueur, tourné lui aussi à Kyoto. Ce film muet, matrice de L’expérience préhistorique, met en scène douze personnages inanimés, en attente de voix et d’histoires. À chaque projection du film muet, un commentateur improvise une nouvelle histoire pour ces personnages, en direct dans la salle de cinéma. Chaque expérience d’interprétation du film muet contient sa propre histoire, sa propre langue, sa propre subjectivité. Ce film in-progress est conçu pour un format d’édition DVD à venir.


> A carp jumps in his mind
2005, 33 min, vidéo

De Barefoot Gen, un manga de Keiji Nakazawa, nous ne verrons rien. Une voix nous en raconte l’histoire. La voix d’un jeune japonais qui erre dans les montagnes autour d’Hiroshima, soixante ans après. L’histoire de la bombe atomique à travers ses représentations, ce qu’elle devient au travers du regard de ce jeune homme, ce qu’elle convoque dans notre imaginaire.


> Les Busters
2006, 22 min, vidéo

Deux enfants de dix ans regardent " The paleface " de Buster Keaton (1921) et racontent le film en même temps qu'ils le découvrent. Du film de Keaton, nous ne verrons rien, si ce n'est les images que la parole des enfants véhicule.



Texte :
> Un Remake multipiste, Jean-Christophe Royoux