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Le besoin damour, le fixe et la résolution 678.
Récit dune discontinuité
Jean-Charles Masséra.
Des plans de réalité non réconciliés
(indifférence et Histoire)
À limage, des tirs de missiles dans le ciel de Bagdad
Nous sommes en 1991, lopération Tempête du désert vient de commencer
Puis un homme
ou peut-être un père, dans une rue de Rome, un homme assis par terre qui tend désespérément la main aux passants pour obtenir quelques lires. Dans ses bras, un adolescent son fils ? qui nest pas maître de son corps. Il a la bouche ouverte, sa tête ne cesse de retomber sur lépaule de lhomme, ses yeux sont perdus dans un ailleurs auquel nous ne pouvons avoir accès : un adolescent qui na pas ou na plus sa raison. La caméra est au ras du sol. Plan fixe. Indifférents, nonchalants ou affairés, les passants traversent le champ
Des passants dont on ne voit que les jambes
Des passants qui ont certainement la tête ailleurs hors champ. La position basse de la caméra et le plan fixe comme redoublement du point de vue du laissé pour compte
Une caméra qui refuse de suivre les mouvements de la communauté (le travelling), une caméra qui prend le parti dun point de vue frontal sans commentaire. Un point de vue qui dure et qui simprime à la surface de notre conscience spectatrice. Une demande (la mendicité) que notre conscience passante ne supporte plus et que notre conscience téléspectatrice relativise dans le nombre toujours croissant dinformations concernant la pauvreté. Un point de vue que lon ne connaît pas. Dans la conscience occidentale, le regard porté sur la pauvreté est un regard qui se penche sur le pauvre (la condescendance). Quand il ne se détourne pas, le regard du passant ou du caméraman est toujours penché sur (la plongée)
Déplacer notre regard. Passer du coup dil jeté en passant (le regard vers le bas) au regard frontal (la caméra posée à ras du sol). Un point de vue frontal qui place notre il au même niveau que lhomme et son fils, à ras du sol, sur le trottoir. Soit la mise en scène de deux plans de réalité (celui du laissé pour compte et celui du passant) qui ne se croisent que sur le mode de la condescendance, de la compassion ou de la pitié (laumône). Nous sommes dans les dernières minutes du film
En voix off : « Denis chante toujours de sa belle voix chaude
et jai envie de le prendre dans mes bras, là, au milieu des touristes et des traînards qui encombrent les escaliers, tellement il incarne ce quaurait pu être ma vie. [
] La ville se précise
Églises et palais semblent maintenant à notre hauteur, le vacarme de Rome éclate de partout et déjà lincroyable violence du monde den bas commence de réveiller ma lucidité, un instant désarmée par la magnificence du crépuscule et la certitude fugace dêtre là. Le paysage, Rome, lart et lhistoire se dissolvent peu à peu dans le détail des souvenirs hideux disposés sur les marches pour les touristes et dans les ignobles petits trafics de la Place dEspagne. Alors, je repense aux années perdues ici, à ceux qui les ont croisées, à ceux qui sont morts et à ceux qui vont mourir. Je regarde autour de nous et me demande si ce que je vois valait tant defforts et de souffrances pour refaire surface et vivre encore. Denis, lui, semble ne pas voir tout cela, fort de son innocence, de sa grande culture et de sa légèreté. Linsouciance de son chant seule me retient de céder à la lassitude. Il me protège de son bras et de ses beaux yeux gris. »
Violon
« Nous continuons à marcher côte à côte. Je le sais maintenant : nous navons jamais rien fait de mal. Immanquablement, il va falloir que les choses changent. » La voix se tait. La main de lhomme est encore tendue
Lattente de quelques lires dure (le temps de lindifférence)
Il serre son enfant dans ses bras, puis décide de partir. Restent un pan du mur décrépi et les pas nonchalants de quelques passants, mais limage des deux malheureux a déjà impressionné notre regard. Le Concerto da chiesa n° 4 en ré majeur dArchangelo Corelli peut désormais accompagner ce que nous ressentons jusquau générique de fin
Nous emporterons cette ultime image et ces derniers mots : « Je le sais maintenant : nous navons jamais rien fait de mal. »
La voix off vient de nous retracer pendant soixante-huit minutes la trajectoire dun homme enchaînant les expériences amoureuses et les fixe. Une trajectoire où le besoin damour et le besoin de poudre organisent peu à peu la totalité de son emploi du temps (« Mes apparitions au travail tiennent du symbolique. Jy touche mon chèque et basta »). Soixante-huit minutes de monologue renvoyant à un imaginaire structuré par ces deux registres dexpérience. Soixante-huit minutes de monologue qui commence avec un sexagénaire en uniforme, « assez rond, plutôt petit » pénétré maladroitement sans salive ni crème à proximité dune voie ferrée, pour se poursuivre dans les boîtes de nuit ou dans les appartements au « confort glacé » et au « fonctionnalisme anguleux » typiques « de ce bon goût international gay qui fait des ravages de Rome à New York » et se terminer dans une promenade près de la Place dEspagne avec Denis, que « jai envie de prendre dans mes bras, là, au milieu des touristes et des traînards qui encombrent les escaliers, tellement il incarne ce quaurait pu être ma vie ». Un monologue qui ne trouve dans limage aucune traduction, aucun écho. À propos de ce parti pris, Vincent Dieutre : « On parle souvent de fond sonore. Jai voulu faire un fond visuel. » Un fond visuel dans lequel se succèdent des images de Rome, entrecoupées dimages prélevées dans le paysage audiovisuel (actualité, publicité, fiction) ou dans les jeux vidéos. Un fond visuel qui nentretient aucun lien spécifique avec le monologue. Un fond visuel qui est là, comme un paysage familier, un paysage géographique (Rome) et audiovisuel (la télévision) dans lequel on vit sans que notre existence fasse corps avec lui. Soit une succession de plans de réalités qui défilent lentement devant notre conscience spectatrice ou passante le temps de se laisser impressionner par un pan de mur, quelques gouttes de pluie, un carrefour désert, etc. sans jamais entrer en interaction avec lexpérience que nous rapporte le narrateur. Quand ce dernier évoque une situation, le lieu que nous avons à limage nest jamais celui dans lequel se déroule ou plutôt, sest déroulé cette même situation. Labsence dimages spécifiquement liées au récit signifie-t-elle que la trajectoire que nous rapporte le narrateur na pas de représentation ? Faut-il lire dans ce parti pris esthétique un redoublement de linvisibilité relative dun mode de vie non hétérosexuel dans lespace public ? Si la prise dhéroïne est condamnée par la loi, cette même prise doit-elle être également privée de représentation ? La voix off qui tente de rendre compte de lexpérience « des ornières de la poudre » agit-elle comme un substitut de cette absence de représentation ? Un substitut qui serait le rapport (le récit qui rend compte de) de ce que lon na pas pu voir ? À défaut de rémunérer ce déficit de représentation, Rome désolée paraît privilégier la formulation de lexpérience par la parole. Une formulation qui agirait comme une tentative de mise en récit dune existence qui ne parvient pas à faire récit (« [
] lhéroïne qui me donne pour linstant, au-delà du plaisir, au-delà de la beauté de Rome, le seul sens que mon existence ait jamais su prendre »). En loccurrence, le fond visuel agit comme le cadre de cette parole. Lenchaînement des longs plans fixes (le fond visuel) comme mise en forme de lincapacité à articuler sa propre subjectivité avec le monde (Rome) tel quil nous est donné (désolée). Soit la mise en forme dun rapport de discontinuité entre le monde et soi. Le non-enchaînement (labsence de liens) des images des images qui ne renvoient à aucun autre regard quà un regard passif sur lenvironnement comme signe de cette incapacité à faire récit, ou plutôt comme signe dune existence qui ne se vit plus comme un enchaînement dévénements mais comme un manque dintensités.
En parallèle de ce récit daventures et de shoots (lhistoire de soi), des images de télévision filmées à même lécran
Des spots publicitaires et des bribes de fiction qui agissent comme des projections collectives ou des extraits de journaux télévisés qui sont supposés rendre compte de lactualité (lhistoire collective). Des images diffusées (loffre des produits et le traitement des faits) dont on a coupé le son, comme si les rumeurs du monde nétaient plus enregistrées par nos consciences téléspectatrices. Un monde ouaté dont les produits (la toute nouvelle préparation pour spaghettis Ragu) et la fureur (des bombardements sur des cibles stratégiques en Irak lors de la guerre du Golfe) parviennent à la surface de notre conscience (en inserts) sans bruit. La coupure du son comme mise en forme dun état de distraction
Distraction dune conscience qui sabsente du monde. Si les images publicitaires renvoient à un usage de produits (loffre) qui ne correspondent pas à ma demande (létat de manque), alors ces images ne me parlent plus (labsence de son). Si lannonce de la mort dun compagnon occasionnel frappé par le sida ne me touche plus (« jai un moment cherché dans mon cur la trace dune émotion, dun quelconque chagrin, mais je nai rien trouvé ») alors, les raids sur Bagdad que semblent commenter quelques responsables politiques devant les micros de la Rai ne peuvent plus me concerner. Les produits et létat du monde peuvent alors défiler dans le cirage. La faible définition des images filmées à même lécran comme mise en forme du cirage. Labsence de liens spécifiques entre le fond visuel et le monologue comme révélateur dune coupure celle qui se joue entre le sujet et lHistoire dans laquelle il ne parvient plus à sinscrire. Labsence de son comme mise en forme de la discontinuité consumée entre ce qui est perçu comme un environnement dans lequel on ne trouve pas sa place et une conscience de soi qui sénonce dans un mode de repli. Le monologue comme mise en forme dun recentrement sur soi (le soliloque) au détriment de toute relation à lautre (le dialogue). Récit dune conscience décollée de tout ce qui excède mon emploi du temps
Si loin (le fixe et lHistoire)
Plan fixe. Dans la nuit romaine, les néons bleus dune enseigne dhôtel. En voix off, à propos de sa vie : « Une grande partie men échappe, vécue dans cet interstice entre la vie et la mort où je passe le plus obscur de mon temps. Trop décarts, de corps à peine connus quoubliés, débauches de décisions avortées, patinant dans les ornières de la poudre pas chère [
]. Une infinité de minutes perdues à attendre fébrilement dans les cafés du Trastevere. Si je nen regrette pas une, elles sont pourtant là qui saccumulent derrière moi pour me rappeler que tout cela aura une fin, la mienne. Laboutissement logique de ces désirs sans objets, sans larmes, excepté les pleurs théâtraux dun drogué indifférent. Trop de morts derrière moi qui samoncellent, sans quaucun ne mait réellement manqué, comme me manque chaque soir, vers cinq heures, lhéroïne qui me donne pour linstant, au-delà du plaisir, au-delà de la beauté de Rome, le seul sens que mon existence ait jamais su prendre. »
Au milieu du récit, après avoir précisé que Johnny devait lattendre « avec, en poche, tout ce quil me faut pour être heureux », la voix du narrateur se tait. Sensuit un long silence sur un fond visuel nocturne
Le long silence comme évocation dun moment où le sujet perd toute distance avec son expérience pour se laisser totalement absorber par son intensité. Une perte de distance (la médiation de la voix off) qui condamne toute possibilité de représentation. Une conscience qui sabsorbe dans le fixe, sabstrait du monde. Cut. Apparaît un présentateur de journal télévisé
La voix off dun envoyé spécial de la Rai se substitue un instant à celle du narrateur pour commenter les craintes dune attaque à larme chimique en Israël. La rumeur du monde ses images et leurs commentaires défilent alors en continu, comme les images de la chaîne américaine CNN
Le temps du fixe comme temps de loubli de lHistoire (la mise à lécart de la communauté). Zapping. Images publicitaires dun couple heureux, sillonnant en vélo une petite route de campagne, saluant une connaissance au moment où celle-ci les double en voiture
coupant à travers champ, histoire darriver avant tout le monde pour déguster la toute nouvelle préparation à la viande Star : la sauce Ragu
Le temps dantenne se substitue au temps de lHistoire
Un temps dantenne où les produits côtoient les actualités dans un flux ininterrompu dimages désormais indifférentes. Cut. Devant une vitrine de magasin délectroménager, des passants sarrêtent devant un mur de téléviseurs (la multidiffusion du monde)
Un mur dimages contradictoires du monde, une multitude décrans entre le monde et nos consciences qui y prêtent une attention passante quelques secondes, puis repartent. Cadrage sur une humanité tout aussi indifférente à lHistoire que le petit cercle du narrateur qui se sait condamné à court terme. Fin du fixe. Retour de la voix off du narrateur
Une voix off toujours aussi centrée sur son emploi du temps et toujours aussi indifférente aux images de Rome (les plans fixes) et aux images du monde que nous offrent les médias (le flux continu).
Plan rapproché sur la vitre arrière dune caravane : « Senza casa. » Revendication pour le droit au logement ou insulte plaquée sur un abri de fortune indésirable ? Abri pour des personnes sans abris ou caravane de passes ? Dans un autre plan, une autre caravane avec une autre inscription, une autre revendication : « Je suis un être humain. Pas une bête. » Des images qui resteront sans suite et sans commentaires. Une voix off qui ne commente que la dimension privée de son existence, une dimension dans laquelle les autres nont aucune place. La voix off (hors du monde) comme mise en forme dun récit de soi coupé de toute expérience de lHistoire collective et de lespace public. Une voix off en dehors du monde et de lenchaînement de ses images (la perte de sens). Une Rome et un monde hors du champ de la conscience du narrateur enfermée dans un soliloque (la solitude) et un récit de rencontres qui nont dautre sens, dautres raisons, que celui de leur succession (les aventures sans lendemain). Une voix (une conscience de soi) qui ne parvient pas à se projeter dans les images dune Rome étrangère aux événements qui constituent lemploi du temps de cette même conscience. Une conscience qui ne parvient plus à cultiver sa relation aux autres sur un mode autre que celui de lindifférence (« là, à côté on tabasse Marina et javoue que cela ne me préoccupe pas si ce nest dans la mesure où le shoot de la journée est lié au déroulement des opérations »). Plan fixe sur quelques seringues usagées, abandonnées dehors : « Je gagne les toilettes pour un premier fixe. [
]. Jentends le téléphone sonner. Ça na pas arrêté depuis mon arrivée. Mais le silence qui sensuit, au moment même de lextase du flash, semble signifier un événement. Tout cela est à cette seconde si loin de moi, je suis si concentré sur mon bras et mon plaisir. Quand je regagne le salon, je constate la soudaine pâleur des visages. On vient de retrouver Luigi, mort dans les toilettes dun café du Trastevere. Je ne ressens rien. »
Pour en finir avec le montage idéologique
(la vie est dans les rushes)
Lors dune rencontre
: « Je veux quil jouisse doucement, quil prenne le temps de maimer un peu. [
] Gianmaria a joui sans mattendre et il est déjà debout. Moi, allongé là comme une tache sur la moquette trop épaisse, je nose parler. Il me dit quil est lheure pour moi de partir. Je me sens abattu, vexé, floué. » À limage, le quartier dune ville entièrement dévastée par des bombardements. Comment appréhender un tel mixage ? Comment articuler cette image de lhumiliation et du drame collectifs avec le récit dune humiliation privée, anecdotique et relativement peu signifiante en comparaison des sentiments qui peuvent traverser les habitants dépossédés de leurs biens et peut-être privés de leurs proches ? De quel rejet parle-t-on ? Peut-on ériger le drame éphémère et privé dune aventure frustrante et humiliante face à la mort qui frappe une population entière ? Serions-nous arrivés à un stade de lHistoire où le culte de soi et la culture de la seule sphère privée oblitéreraient désormais toute conscience de lAutre ? Serions-nous arrivés à ce stade ultime de la suprême indifférence ?
Si ces images nactivent guère notre conscience des différentes dimensions que peuvent recouvrir un conflit armé dans une région éloignée des lieux où nous vivons et des situations que nous connaissons, peut-être est-ce parce que ces mêmes images leur sélection, leur traitement, leur nettoyage, leur montage et leur mixage ne sont pas conçues dans un rapport de spécificité avec lobjet dont elles sont censées rendre compte. Au-delà du fait que les images du conflit qui opposait les alliés à lIrak en 1991 étaient choisies par le Pentagone des images où les corps au combat, les corps meurtris, ou tout autre image pouvant activer une quelconque réaction dhostilité à lopération Tempête du désert en Occident était systématiquement censurée la conception de linformation par limage fait généralement abstraction dun travail de recherche quant à une mise en forme spécifique, en phase avec son objet. Quelle que soit la nature de linformation, la forme reportage est invariable dans ses composantes (du rythme denchaînement des images au débit dénonciation dans le commentaire, en passant par les formules, les cadrages et les plans employés ou encore par le type de situations filmées), comme si une même forme, un même langage, pouvaient rendre compte de toutes les situations, indépendamment de leurs caractéristiques spécifiques. Dans la forme reportage, limage est toujours pensée comme une forme destinée à donner un cadre au commentaire. Du cadre/décor devant lequel notre envoyé(e) spécial(e) nous informe des derniers événements survenus « ici » au cours des dernières heures (une rue passante, un bâtiment officiel, etc.) au cadre/ambiance où comme vous pouvez le constater sur ces images la situation reste très confuse (un plan général sur des camions transportant des civils, un plan éloigné sur un nuage de fumée se dégageant à lhorizon ou encore, dans le film qui nous occupe, des gens mettant leurs masques à gaz dans la crainte dune attaque à larme chimique, etc.) en passant par le cadre serré sur un détail décontextualisé, voire abstrait de ses conditions dapparition (un enfant regardant lobjectif de la caméra, un véhicule calciné, une personne traversant rapidement une rue avec un seau deau, etc.), les images diffusées par les télévisions occidentales agissent comme des images destinées à reposer lil pendant que notre attention est appelée à se concentrer sur le commentaire. Lindifférence des images quelles soient publicitaires ou destinées à informer sur lactualité résulte souvent de leur soumission au texte. Quant aux rédactions des grandes chaînes de télévision, depuis la guerre du Viêt-nam, elles ont appris à se passer dimages.
Dans le cas de Rome désolée, le monologue, sa forme, tente de faire corps avec son objet : « Lendroit est typique de ce bon goût international gay qui fait des ravages de Rome à New York. Même confort glacé, même fonctionnalisme anguleux. [
] La solitude et légoïsme y plombent les objets dune lourdeur figée. Personne ne peut vivre là complètement. Mais Gianmaria circule avec aisance dans son espace. Il est à son image : dur, élégant et pratique. » Le choix dun registre lexical spécifique, la concision des adjectifs et des propos ou encore le débit dénonciation semblent motivés par les situations et les personnes quils décrivent. La lenteur du débit dénonciation et lenchaînement dadjectifs qualificatifs précis permettent de concentrer notre attention sur chaque mot. De même que la longueur des plans fixes qui ne répondent à aucune logique, à aucun enchaînement narratifs permet à notre conscience spectatrice de sattarder sur chaque image (la devanture dun magasin, la façade dune habitation, une ruelle, etc.). En loccurrence, les mots et les images ont le temps dimpressionner notre conscience. Dans le débit dénonciation médiatique (le commentaire, la promotion, le slogan, etc.), aucun temps, aucun intervalle ne sont laissés à notre conscience contrainte dabsorber des informations, sans avoir la possibilité den faire résonner les éléments, sans avoir le temps de les mettre à distance (la dimension critique).
À défaut de rendre compte du monde que lon nous diffuse (linformation), Rome désolée nous propose un modèle de transmission de lexpérience : Expérience dun lieu ou dune situation, en posant la caméra devant une portion de paysage et en laissant le monde tourner le temps que limage se construise, le temps de se laisser impressionner par limage
Expérience dune trajectoire individuelle souvent privée de représentation, en construisant un texte qui nentretient aucun lien avec limage.
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