Louidgi Beltrame



> Influence
2001/2004, 15 min, vidéo

La « Cité sans souci » est un ensemble de pavillons modulaires dessinés par Jean Prouvé en 1956 à partir de variations sur le container métallique. Ce projet d’architecture à faible coût était destiné à expérimenter de nouveaux principes de construction souples et rapides pour des logements sociaux individuels. Il est resté à l’état de prototype, prisé de quelques connaisseurs et n’a jamais connu de diffusion à grande échelle.
La résidence est déserte. Les maisons restent fermées. Des plans fixes rejouent les extérieurs intermédiaires du cinéma et des séries télévisées utilisés pour informer les spectateurs des déplacements de la narration en présentant le décor de la scène à venir. Les séquences, privées ici de leur caractère informatif, prennent une dimension contemplative et atmosphérique.
Anna, Louise, Andréa, Raphael sont des modèles et des acteurs issus du monde de la mode et de la publicité. Personnages indéfinis, déterminés par leur seul prénom, ils vacillent entre réalité et fiction. Ils prennent et reprennent leurs poses en attendant à huis clos dans un espace sans référent. Ils improvisent, dînent, dorment, rêvent, s’ennuient pendant que les nuits succèdent aux jours. Leurs discussions sont de purs effets de communication. Ils présentent, à travers elles, une image du langage décollée de la réalité. Seules leurs angoisses fissurent la surface lisse et glaciale de leurs échanges.



> Layers
2002, 10 min, vidéo

Layers est une vidéo montée avec les photographies de plateau prises sur le tournage de Magazine et deux plan-séquences en 16 mm tirés de ce film.
Le montage superpose les points de vue du chef-opérateur, du photographe de plateau, d’un artiste sonore et du réalisateur sur le même événement. Il fait se rencontrer plusieurs types d’images et propose une narration fragmentaire qui sollicite la participation active du spectateur pour reconstituer un récit.
Pendant que le film progresse à travers les photographies documentaires et les séquences de fiction en 16mm, la bande son électronique de Jean-Philippe Roux fait apparaître une histoire en filigranes.
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>Vertical Island
2005, 12 min, vidéo

Toronto et sa skyline, une succession de travellings aériens tient le spectateur en suspens au-dessus de la ville, représentée comme le décor potentiel d’une fiction à venir.
Une jeune femme contemple la ville qui s’étend à perte de vue, depuis une baie vitrée en haut d’une tour. Elle est comme incrustée sur le paysage, dans un temps suspendu, personnage désactivé en attente de scénario, prise dans une boucle spatio-temporelle.
En voix-off, son monde intérieur. Elle réfléchit la ville : comment elle met en scène ses habitants et transforme leurs vies en fictions personnelles.
En sous-titres, des phrases tirées d’une interview téléphonique avec la décoratrice d’un grand studio de Toronto. Elle parle de son rapport au réel, de l’instant où un décor se superpose sur un lieu existant…
Une mélodie post-rock composée par Alex Geddie revient comme un thème de cinéma parmi les sons étouffés de la ville. Le signal de la fiction.



> Sea-Side Hotel
2006, 9 min, vidéo

Le fantôme cathodique d’une hôtesse d’agence immobilière présente le projet d’un grand hôtel panoramique abandonné sur le littoral Pacifique au sud du Japon.
Les apparitions de Yukiko rythment la visite du bâtiment depuis le parc envahi par la jungle en passant par la réception dont la moquette rouge passée et les rideaux battant au vent semblent attendre d’improbables visiteurs.
Sur fond de neige télé, ses descriptions vantent la conception et le confort de cette construction moderniste alors que le souffle des courants d’air et les basses fréquences de Jimmy T soulignent l’abandon de l’hôtel.


> Les Dormeurs
2006, 13 min, vidéo

Une douzaine d’adolescents sont invités à dormir sur des futons dans les coffres de la Former Bank of Japan Hiroshima Branch, un des rares bâtiments qui aient résisté à la déflagration de la bombe atomique.
Dans cet espace souterrain, silencieux comme un caisson d’isolation sensoriel, leurs rêves individuels se mélangent en un songe collectif qui déplace la symbolique du bâtiment.
Hiroshima, espace de la disparition, de la désintégration est reliée à une île elle aussi chargée d’invisible : Yakushima, au sud du Japon. Elle abrite des cèdres millénaires, refuges des esprits de la nature.
Une construction domine l’océan. C’est un hôpital construit par les occupants américains qui n’a jamais été mis en service faute de personnel.
Est ce que ce sont les dormeurs qui rêvent ou bien sont-ils rêvés par cette structure de béton qui attend sous la pluie tropicale?


> Brasilia/Chandigarh
2008, 40 min, vidéo

Les dessins géométriques de Brasilia et de Chandigarh informent la construction de ce film. Trois subjectivités explorent les plans et les fonctions des deux villes, des images d’architecture voyagent d’un continent à l’autre et un photographe disparaît.

Texte :
> Libérez les fantômes ! par Stéphanie Moisdon

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