Ce film est une exposition

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    par Olivier Bardin [2006]

    Le film
    Le spectateur de la salle de cinéma est assis confortablement. Il regarde dans la même direction que ses voisins. Devant lui, l’écran est blanc. L’obscurité se fait. Un homme chante en anglais. Une image apparaît progressivement. Le film commence.
    Au cours du film, le spectateur de la salle de cinéma assiste successivement au parcours de quatre visiteurs d’une exposition. Il voit quatre fois la même exposition. Et pourtant, il ne voit pas quatre fois les mêmes séquences d’images, n’entend pas quatre fois les mêmes sons et ne parcourt pas quatre fois d’affilée l’exposition à la même vitesse.
    Quatre spectateurs traversent une exposition. Ils ne voient ni n’entendent la même chose. Le temps passé, la précision ou l’exhaustivité de leur regard, l’agencement entre l’image et le son leur appartiennent. Le spectateur devient ce que sa vision lui dicte de devenir. Il a le loisir de revenir en arrière s’il le souhaite, d’imaginer les séquences qui lui conviennent.
    Le spectateur d’exposition est sujet-monteur. Ces quatre spectateurs d’une exposition sont des intermédiaires pour le spectateur de la salle de cinéma. Au travers de leur subjectivité et par la confrontation de leur vision, le spectateur de la salle de cinéma accède à son tour à un point de vue singulier.

    L’exposition
    L’exposition se déroule dans huit salles successives. Chaque salle accueille une séquence de 26 photographies, 26 expressions d’un petit garçon torse nu tourné vers le spectateur. Les huit espaces que traversent les spectateurs sont aussi occupés par des voix d’hommes, de femmes et d’enfants qui résonnent dans plusieurs langues. Ces voix sont issues de pièces antérieures. Elles ont d’abord existé face à d’autres images, mais, réutilisées ici de manière nouvelle, confrontées à l’image de cet enfant, elles résonnent de manière différente.
    Ces voix semblent venir percuter l’enfant dont les réactions s’expriment dans les traits du visage et le mouvement de la main. La succession des voix ne raconte pas une histoire. Elle constitue la matière avec laquelle cet enfant se construit. Le spectateur reconnaît dans l’enfant le représentant d’un monde auquel il a appartenu. Il peut se projeter sur cette image d’enfant comme sur un écran. L’image de l’enfant devient alors image intermédiaire.
    L’enfant est en exposition
    L’image est simple. Teinte unique à dominantes vertes. Plan moyen. Torse nu, l’enfant regarde fixement le spectateur. Il porte des lunettes qui lui permettent de mieux voir mais font aussi écran. Ces lunettes d’adulte sont trop grandes pour lui. Elles appartiennent à un monde dont il ne fait pas encore partie, une peau trop grande pour un jeune sujet en construction. Les lunettes d’adulte, instrument d’adaptation de la vision, attendent celui qui, lorsqu’il en aura l’âge, viendra à son tour les chausser. Ainsi, cet enfant les chausse déjà, mais la taille de son visage demeure inadaptée et son regard traverse les verres des lunettes comme si cet instrument n’existait pas pour lui.
    Il joue avec sa main, la paume tournée vers le spectateur. La pression de ses doigts sur la surface de l’écran désigne une autre paroi transparente.
    L’enfant fait signe de la main et sa main lui cache en partie le visage. Entre les doigts de la main, l’expression émerge.
    Soutenue par le regard de l’enfant dirigé vers le spectateur, cette main tente de nous atteindre au-delà de l’écran, mais elle révèle aussi une appréhension dans ce mouvement vers l’autre, elle masque et protège l’enfant, c’est-à-dire celui qui, dans ces images, s’expose.
    Se défend-il ? Fait-il signe de la main ? Le dialogue entre le mouvement de la main et l’expression du visage encourage toutes les inter-
    prétations et toutes les projections. C’est ainsi que ce jeune visage devient un écran à travers lequel le spectateur peut se reconnaître. À son tour, porté par cette image intermédiaire et le bruissement des voix qui l’accompagne, il peut devenir sujet. Le spectateur est convié à parcourir ce chemin intime ; l’exposition veut rendre cette expérience possible.

    Voix
    Dans chaque salle, la séquence des photographies est identique, seules les voix diffusées dans l’espace varient. Dans la transition entre deux salles, les voix se superposent.
    Huit salles, huit familles de voix, plusieurs langues. Les unes peuvent être comprises comme la traduction des autres.
    La compréhension du contenu de chaque langue, la connaissance des époques d’où sont tirés les textes des auteurs, permettent d’accéder à un autre niveau de compréhension, différent de celui, plus abstrait, constitué par la réception immédiate des sonorités étrangères. Ainsi, le projet politique fondateur de la Révolution française, dit en français, succède au rêve en anglais de Lewis Carroll, à quoi viennent se confronter des conversations anodines en roumain, bulgare, russe, arménien, polonais, turc, hongrois et tchèque, puis le texte de la Mort de Danton de Büchner en allemand et la voix monocorde et synthétique d’un ordinateur énonçant mécaniquement les règles des Exercices spirituels de Loyola.

    1. Through the Looking Glass
    Un homme chante en anglais un passage de ce texte de Lewis Carroll ; il s’agit du rêve d’Alice. À l’origine, Lewis Carroll, incarné ici par Lou Castel, a raconté cette histoire à Alice. Ici, la voix douce de Lou Castel, qui vient bercer par son rêve une enfant, donne accès à un monde intime. Le rêve est celui d’une petite fille et pourtant c’est un homme qui l’invente et l’incarne.

    « I’ll tell thee everything I can ;
    There’s little to relate.
    I saw an aged aged man,
    A-sitting on a gate.
    “Who are you, aged man ?” I said,
    “and how is it you live ?”
    And his answer trickled through my head
    Like water through a sieve. »

    2. Manifesta
    Huit habitantes de Francfort en Allemagne, issues de l’immigration, se parlent dans leur langue d’origine. Roumain, bulgare, russe, arménien, polonais, turc, hongrois, tchèque se confrontent et se mélangent. Ces langues sont parfaitement maîtrisées par chacune d’entre elles mais incompréhensibles pour les autres. Elles se parlent de la façon la plus claire possible, parsemant leur discours
    d’éléments partagés, souvent géographiques, car c’est un même territoire qu’elles partagent d’abord. Les noms de rues en allemand par exemple, reconnus par toutes, viennent souder cette improbable communauté linguistique.
    L’auditeur perçoit ces fragments de langue. L’ensemble résonne comme une seule langue issue du centre de l’Europe fondée par une communauté de femmes.

    3. Le Camion

    Le texte du film de Marguerite Duras, le Camion, apparaît en sous-titre sous l’image de l’enfant. Les indications précises de l’auteur suffisent à désigner un cadre visuel et sonore. La parole est inscrite, elle n’est portée par aucune voix en particulier. Seul le souvenir de la voix de Marguerite Duras dans ce film, ou la voix intérieure de chaque spectateur, peut soutenir le texte. Le spectateur demeure seul face à l’écriture.

    « On se trouve dans quel paysage ?
    La Beauce, peut-être, vers Chartres.
    Ou bien dans les cités d’émigration des Yvelines.
    C’est là qu’elle aurait commencé à regarder le paysage,
    la mer, au loin,
    la route,
    le ciel blanc,
    le froid,
    la diversité des choses.
    Et puis, elle chante.
    On aurait vu la cabine du camion. Elle est obscure.
    Le chauffeur et la femme qui est montée se taisent.
    Leur assemblage est arbitraire, disparate.
    Vous voyez ?
    Oui, je vois.
    Ils sont face à la route. Cette route s’engouffre dans leurs regards.
    Il y aurait eu de la musique.  »

    4. Sur la constitution à donner à la France

    5. Pour être socialiste

    6. La lutte perpétuelle

    Le discours de Robespierre Sur la Constitution à donner à la France est porté par la texture lisse et consensuelle de la voix de Sylvie Caspar connue pour ses annonces télévisées sur Arte ; elle s’apparente à la matière de la voix qui porte aujourd’hui la parole politique. La parole du politique se confond avec celle du micro, elle s’efface derrière la machine, devient micro, instrument.
    Ici, la voix télévisuelle emblématique dit l’un des discours politiques fondateurs de la République. Le décalage entre la qualité familière de la voix et la précision du discours rend à la parole, et à la voix, ce que l’une, et l’autre, avaient perdu.

    Alain Boscus, historien et militant politique convaincu, lit ici un discours sur la notion de propriété, prononcé par Jaurés devant la chambre des députés au début du xxe siècle. Il le lit à des élèves d’une classe de troisième dans un collège du sud de la France. Son expression est directe. De son accent méridional surgit une nécessité qui ancre définitivement le propos de Jaurés dans l’action politique la plus locale.
    Un adolescent lit à haute voix le texte de Léon Blum destiné à la jeunesse écrit en 1919, Pour être socialiste. L’adolescent découvre le texte en même temps qu’il découvre sa voix en train de muer. La parole et la voix sont naissantes. Surpris par sa propre voix, cet adolescent trébuche, réinvente parfois le texte avec des lapsus, tout en se voulant respectueux de son sens et de la parole.

    Robespierre : « Jusqu’ici l’art de gouverner n’a été que l’art de dépouiller et d’asservir le grand nombre au profit du petit nombre, et la législation le moyen de réduire ces attentats en système : les rois et les aristocrates ont très bien fait leur métier ; c’est à vous maintenant de faire le vôtre, c’est-à-dire de rendre les hommes heureux et libres par les lois.
    Jamais les maux de la société ne viennent du peuple, mais du gouvernement. Comment n’en serait-il pas ainsi ? L’intérêt du peuple c’est le bien public ; l’intérêt de l’homme en place est un intérêt privé. Pour être bon, le peuple n’a besoin que de se préférer lui-même à ce qui n’est pas lui ; pour être bon il faut que le magistrat s’immole lui-même au peuple. »

    Jean Jaurès : « Il y a aujourd’hui beaucoup de forces perdues dans notre pays parce qu’il y a antagonisme des classes, parce qu’il y a lutte perpétuelle, violente ou sourde, entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas.
    Il y a antagonisme et antagonisme croissant, dans l’ordre industriel, entre le grand patronat et les salariés. Il y a antagonisme naissant et qui nécessairement se développera aussi entre les ouvriers agricoles et la grande propriété oisive. Dans cet antagonisme, dans cette lutte, ce n’est pas douteux, nous sommes les premiers à le reconnaître, il y a un terrible gaspillage, une déplorable usure des énergies nationales.
    Et ici, même, messieurs, cette impuissance parlementaire que vous attribuez quelquefois, permettez-moi le mot, à de puériles, à de prétendues obstructions (Exclamations et rires au centre) – tant pis pour vous si vous riez, messieurs ! – à de prétendus défauts du mécanisme réglementaire, cette impuissance parlementaire tient, que nous le voulions ou non, à cette lutte sociale présente à toutes nos délibérations, et avec chaque question, quelle qu’elle soit, reparaît le conflit profond, universel, des possédants et des non-possédants. Voilà ce qui surcharge, agite et paralyse les Assemblées. »

    Léon Blum : « Le socialisme est né de la conscience de l’égalité humaine, alors que la société où nous vivons est tout entière fondée sur le privilège. Il est né de la compassion et de la colère que suscitent en tout cœur honnête ces spectacles intolérables : la misère, le chômage, le froid, la faim, alors que la terre, produit assez de pain pour nourrir tous les enfants des hommes, alors que la subsistance et le bien-être de chaque créature vivante devraient être assurés par son travail, alors que la vie de chaque homme devrait être garantie par tous les autres. Il est né du contraste, à la fois scandaleux et désolant, entre le faste des uns et le dénuement des autres, entre le labeur accablant et la paresse insolente. Il n’est pas, comme on l’a dit tant de fois, le produit de l’envie, qui est le plus bas des mobiles humains, mais de la justice et de la pitié, qui sont les plus nobles. »

    Les langues

    7. Les Exercices spirituels

    8. La Mort de Danton

    Le film et l’exposition s’achèvent par la répétition des Exercices spirituels de Loyola énoncés en castillan. Le générateur vocal lit indéfiniment ce texte. Mécaniquement, la voix sans timbre et standard égrène des règles destinées à être appliquées chaque jour par des enfants. Face à cela, d’autres voix d’enfants s’élèvent. De jeunes Français lisent, en allemand, les répliques de la pièce de Büchner, la Mort de Danton. Derrière les fragments des discours de la Révolution française agencés par Büchner, en arrière-plan de la langue allemande, l’accent français est perceptible. Le dialogue s’établit ainsi entre deux cultures, dans l’intimité d’un dialogue entre les langues.

    Le spectateur de la salle de cinéma est assis confortablement. Il regarde dans la même direction que ses voisins. La lumière se fait. Le film est fini.

    by Olivier Bardin [2006]

    The film
    The viewer is comfortably seated in the movie theater. He looks in the same direction as his neighbors. In front of him, a white screen. Darkness floods the room. A man sings in English. An image appears progressively. The movie starts.
    During the course of the film the viewer sees four visitors walking through an exhibition. He sees the same exhibition four times. And yet he does not see the same sequence of images four times, does not hear the same sounds four times, and does not go through the exhibition four times at the same speed.
    Four visitors go through an exhibition. They do not see nor hear the same thing. The time allotted to the visit, the accuracy and the thoroughness of their gaze, the correlation between image and sound belong to them. The viewer becomes what his sight orders him to become. He is free to go backwards if he wishes, free to work out the sequences to his liking.
    The visitor of an exhibition edits his is a subject. Those four visitors act as middle men between the viewer in the movie theater and what is given to see in the exhibition. Through their subjectivity and through the confrontation of their vision the viewer in the movie theater reaches in turn a singular viewpoint.

    The exhibition
    The exhibition spreads over eight successive rooms. Each room features a 26 photograph-sequence, 26 facial expressions of a bare-chested little boy facing the viewer. The eight spaces walked up and down by the viewers are also filled by men, women and children voices resounding in several languages. Those voices come from previous works. They first existed in relationship to other images but used here in a new context, faced with the image of this child, they resound in a different way.
    It seems like the voices that get through to the child are the ones belonging to people who communicate through his facial expressions and gesticulations. The voices echoing each other do not tell a story. They form the matter from which the child can construct himself. The viewer recognizes in the child an embodiment of a world he once belonged to. He can project his own image on that of the child as on a screen. Thus the image of the child becomes an intermediary.
    The child is being exhibited.
    The image is simple. Single green hue. Medium shot. Bare-chested, the child stares at the viewer. He is wearing glasses that allow him to see but also block his view. Those grown-up glasses are too big for him. They belong to a world he is not a part of yet, too big a skin for a young immature human being in progress. The grown-up glasses – instrument used to correct the sight – are awaiting the one who, in turn, will put them on when he is old enough. Therefore, when this child puts them on they do not fit his little face and his gaze goes through the glasses as if they were not there.
    He is playing with his hand, palm facing the viewer. As his fingers are squeezing the surface of the screen, one notices another translucent wall.
    The child waves his hand and his hand partially conceals his face. Between his fingers, the expression arises.
    With the child’s gaze in the background, we perceive this hand trying to reach us beyond the screen while revealing a kind of fear pervading the move towards the other; it provides a mask and a protection to the child, the one exhibiting himself through these images.
    Is he defending himself? Is he waving his hand? The dialogue between the motion of the hand and the facial expression gives way to all types of interpretations and
    projections. And thus the young face becomes a screen through which the viewer can recognize himself. In turn, spurred by this intermediary image and the rustle of the voices coming with it, he can become a subject. The viewer is invited to walk through this intimate path; the exhibition aims at enabling this experiment.

    Voices
    Every room features the same series of pictures. Only the voices broadcast in the air are different. Within the transition space between two rooms the voices overlap each other.
    Eight rooms, eight vocal families, several languages. Some can be perceived as the translation of others.
    If the viewer understands the languages and knows when the chosen texts were written, then the viewer will reach another level of understanding, different from the abstract perception of foreign sounds. Thus, Lewis Carroll’s dream told in English gives way to the political project that launched the French Revolution spoken in French, followed by casual conversations in Romanian, Bulgarian, Russian, Armenian, Polish, Turkish, Hungarian and Czech and Büchner’s text Danton’s Death in German and the monotonous, synthetic voice of a computer spelling in a robotic way the rules of Loyola’s Spiritual Exercises.

    1. Through the Looking Glass
    A man sings in English an extract from this text by Lewis Carroll; Alice’s dream. Here embodied by Lou Castel, Lewis Carroll originally told Alice this story. In this movie, Lou Castel’s soft voice, rocking a child while telling his dream, lets us enter an intimate world. The dream is that of a little girl and yet it is invented and embodied by a man.

    «I’ll tell thee everything I can;
    There’s little to relate.
    I saw an aged man,
    A-sitting on a gate.
    “Who are you, aged man ?” I said,
    “and how is it you live ?”
    And his answer trickled through my head
    Like water through a sieve.»

    2. Manifesta
    Eight women living in Frankfurt, Germany, born from migrant parents, speak to each other in their native language. Romanian, Bulgarian, Russian, Armenian, Polish, Turkish, Hungarian, Czech collide and blend with each other. Each language is perfectly mastered by one of them but totally unknown to the others. They speak to each other in the most intelligible way they can, scattering their speech with common elements, often geographical, because the first thing they share is a territory. For instance, the street names in German, ringing a bell to all of them cement this improbable linguistic community.
    The hearer perceives those language fragments. As a whole, they sound like a single Central European language shaped by a group of women.

    3. Le Camion (The Truck)

    The script from Marguerite Duras’s movie, le Camion (The Truck), appears in captions under the image of the child. Thanks to the author’s accurate indications, the viewer gets visualize manage to give us a visual and sounding frame. Speech is engraved and not driven by a particular voice. Only the remembrance of Marguerite Duras’s voice in this movie or the inner voice of each viewer can sustain the text. The viewer is left alone, face to face with the written word.

    «In what land do we find each other ?
    La Beauce, perhaps, towards Chartres ?
    Or maybe in these emigrant cities of Yvelines..
    That is where she would have started looking at the countryside.,
    the sea, from far away,
    the road,
    the white sky,
    the cold,
    the diversity of things.
    And then, she sings.
    We would have seen the cab of the truck. It is dark inside..
    The driver and the woman are quiet..
    Their coming together is arbitrary, disparate..
    Do you see ?
    Yes, I see.
    They face the road. This road is swallowed up by their eyes..
    There would have been music. «

    4. On the Constitution We Should Give to France

    5. To be Socialist

    6. Never-ending Struggle

    The speech originally delivered by Robespierre Sur la Constitution à donner à la France is driven by Sylvie Caspar’s smooth and sensuous voice, well-known for its announcements on TV channel Arte; it fuses with the matter of a voice conveying political speech in the world of today. The speech of political awareness becomes one with that of the microphone, it steps aside in favor of the machine, turns into a microphone, an instrument.
    In this work, the emblematic televised voice delivers one of the founding speeches of the French Republic. The discrepancy between the familiarity of the voice and the accuracy of the speech gives back to speech and to the voice what they had respectively been deprived of.

    Historian and political activist Alain Boscus reads aloud a speech about ownership delivered by Jean Jaurès in front of the House of Representatives in the early twentieth century. He reads it to a class of seventh grade pupils in a secondary school in Southern France. He expresses himself in a straightforward way. His Southern accent is pervaded with a feeling of emergency that definitively cramps Jaurès’s speech into local political action.
    A teenage boy reads aloud a text written for the youth by Léon Blum in 1919, Pour être socialiste. The teenage boy discovers the text as he discovers his changing voice. Both the speech and the voice are nascent. Surprised by his own voice, the teenage boy stumbles on the words, reinvents the text thanks to Freudian slips but remains faithful to its meaning and of the power of speech all the while.

    Robespierre: «Until now the art of governing has consisted simply of the art of stripping and subduing the masses for the benefit of the few, and legislation, the mode of reducing these outrages to a system: kings and aristocrats have thoroughly fulfilled their duty; now it is time for you to fulfill yours, that is to say to make the people happy and free with the laws.
    Never have the evils of society emanated from the people but from the government. How could be otherwise? The interest of the people is the public good; the interest of the man in power is a private interest. To be righteous, the people’s sole need is to prefer themselves to that which they are not; to be good the man of law must sacrifice himself to the people.»

    Jean Jaurès: «These days much energy is wasted in our country because of the pervading class antagonism, because of the perpetual struggle, violent and blind, between the haves and have-nots.
    There is this growing antagonism in the industrial sector between corporate owners and workers. There is a nascent antagonism that will inexorably increase between farm-workers and the idle propertied class. There is no doubt that this antagonism, this struggle, though we are the first to recognize it, results in a terrible waste, an appalling amount of drain of our energy on a national scale.
    And here in this very place, Sirs, this parliamentary powerlessness that you sometimes attribute– if you’ll pardon the expression – to childish so-called obstructions (Exclamations and laughter) – shame on you who are laughing – so-called shortcomings in the legal system, this parliamentary powerlessness is rooted – whether we want it or not – in this very social struggle at play in all our debates, and in every issue whatsoever there reappears the deeply ingrained universal conflict between the owners and the non-owners. Here is what encumbers, agitates, and paralyzes the Assemblies.»

    Léon Blum: «Socialism is born from the consciousness of human equality whereas the society in which we live is entirely founded on privilege. It is born from the sympathy and anger aroused in every honest heart at such appalling sights as poverty, unemployment, cold, hunger, when the Earth produces enough bread to feed each and every child, when each living creature’s sustenance and well-being should be secured by his work, when each man’s life should be guaranteed by all others. It is born from the both scandalous and distressing contrast between the wealth of some and the squalor of others, between excruciating labor and arrogant sloth. It is not – as has been said so many times – the offspring of envy, which is the lowest of human mainsprings, but from justice and mercy, which are the noblest ones.»

    Languages

    7. The Spiritual Exercises

    8. Danton’s Death

    The film and the exhibition end with Loyola’s Spiritual Exercises being repeated in Castillan. A synthesized voice repeats the text over and over. Mechanically, the toneless and plain voice enumerates rules to be put into practice by children on a daily basis. Other children’s voices rise against it. Young French kids read Büchner’s play Danton’s Death in German. Behind fragments of speeches delivered during the French Revolution and assembled by Büchner, behind the German language, one can sense the French accent. Thus a dialogue arises between two cultures within the context of the intimate dialogue between the languages.
    The viewer is comfortably seated in the movie theater. He is watching in the same direction as his neighbors. Light floods the room. The film is over.

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